Cela fait une semaine que je suis clean… Je ne suis pas sorti de chez moi. Mais je sens que je reperds le contrôle de moi-même.
L’envie est là.
Aveuglante, illuminatrice et tentatrice.
Il faut que je gère… Mon boulot est fini depuis ce matin. Tôt dans la nuit, j’ai gravé les 2 CD de sauvegarde. Je les donnerai en mains propres lundi… Conclusion ? On est vendredi et j’ai tout le week-end.
Je prends une douche rapide et sort m’oxygéner le cerveau. Ça lui fera du bien. A moi aussi par la même occasion.
Arrivé au coin de la rue, presque en face du café où je compte faire un break, ma décision est prise : je vais me mettre au vert histoire de teinter de rouge une personne inconnue dans une ville inconnue …
Mon cerveau se met en marche à plein régime, calculant, combinant, programmant (et éliminant si besoin est) toutes les actions que je dois entreprendre afin d’assurer ma sécurité. L’idée de base est de passer inaperçu, et de ne laisser aucune trace. Pour ça, la meilleure solution dans ce monde monétairement numérique est de tout payer en cash… Une heure après, j’ai eu le temps de boire deux cafés crème, et de faire une to-do-list longue de près de deux pages. J’excelle dans l’art du désordonnement de l’organisation.
Je rentre chez moi, ouvre un atlas et en le feuilletant pour trouver quelle ville sera la témoin de ma résurrection, je m’aperçoit que c’est un vieil agenda… Je scotche sur une page, avec un gribouillis (Johanna ? Johane ? JoAnne ? Yohan ?) et un numéro de téléphone… Je ne sais pas qui c’est et m’en contrefous : ma vie socialement intégrée est derrière moi.
En regardant la carte, mon index pointe sur Grenoble, qui me semble parfaite dans le rôle de théâtre : assez grande, facilement accessible, personne de ma connaissance n’y habite… L’apprentissage de la connaissance commence, et je remercie le Grand Organisateur Diabolique d’avoir inventé le net.
J’apprends ainsi que la ville compte près de 400 000 habitants, dont 60 000 étudiants. La proportion hommes/femmes frôle la parité. Ma mémoire se déverrouille et me rappelle que ce fut un site pilote au niveau des infrastructures de télécommunications et plates formes multimédias. Selon le site de la ville, Grenoble bénéficie d’un environnement culturel et naturel « exceptionnel »… Oui. On verra. En attendant, le simple fait de la proximité de la montagne me motive.
Je décide donc de me rendre directement place Saint André en début d’après midi le lendemain. Voire en fin de matinée si cela est possible, cela sera plus facile et me laissera un peu plus de temps pour repérer les lieux. D’après ce que j’ai cru comprendre, c’est là où il y a le plus de bars.
Je coupe ma machine.
Curieusement, je deviens plus calme, plus organisé, plus méthodique.
La démarche est logique et censée.
Tout se déroulera parfaitement.
Je me marre intérieurement en sortant pour aller faire les courses : je me croirais retourné au CM2, quand je me prenais pour Arnold Schwarzenegger dans Terminator 2. Alors que je choisis une bouteille d’Absolut (il ne m’en reste plus et bien que je préfère la vodka Zubrowska, le rayon en est dépourvu pour le moment), je m’aperçois que mon portable pourrait éventuellement me trahir. L’option « éteindre le portable » dans la journée de demain s’ajoute à ma to-do-list. Une fois passé à la caisse (comme d’habitude, la petite vieille devant moi passe 10 minutes à payer sa boîte de pâté pour chat histoire de raconter sa petite vie inintéressante), je rentre chez moi, dépose les courses et file prendre le métro.
Arrivé à Bastille, le soleil brille, les oiseaux chantent. Du moins, je crois les entendre chanter, couverts par un brouhaha de conneries humaines et de bruits divers et avariés…
Le monde me soûle, il fait chaud, je sors et continue à pied en direction de la gare de Lyon. Une fois à l’intérieur, je me dirige vers un guichet pas trop bondé. Ma casquette est rabattue sur mes yeux, je porte un tee-shirt jaune Hooks Up, mon Levi’s me tombe en dessous de mon cul : j’ai le parfait look de skateur. Je demande poliment à la madame de me donner un billet Paris Gare de Lyon / Grenoble, départ le lendemain à 8h34 (pour une arrivée prévue à 11h35, ce qui me convient parfaitement). Elle m’annonce qu’il ne reste plus que des places de 2nde classe et me demande si je veux prendre le retour. Je lui sors un « non, je ne sais pas quand je repars » et paye cash les 77,70€ demandés. Mon billet en poche, je me dirige vers le RER A, direction Châtelet, où je change pour aller à la gare de l’Est prendre mon billet retour… En débouchant dans la gare, j’enlève ma casquette et mon tee-shirt Hooks Up, laissant apparaître un tee-shirt uni blanc très simple et je range le tout dans mon sac a dos. Je remonte mon pantalon, obtenant ainsi un look « cadre dynamique de start-up en congé » et repars à l’assaut d’un guichet. D’un ton un peu plus sec, je demande un billet Grenoble / Paris pour le lendemain, départ 16h41, arrivée 19h38. Le mec à l’air blasé en me demandant la classe (« première, c’est pour mon boss ») et en me demandant les 102,40€ nécessaires à l’établissement du billet. Je lui tends 5 billets de 20€, et fouille dans ma poche pour voir si j’ai de la monnaie : par chance j’ai le compte exact, ce qui amène un pauvre sourire sur la tête du gars. Comme quoi, des actes très simples peuvent rendre les gens heureux…
En sortant de la gare, je fais quelques pas en direction des Grand Boulevards, remets mon tee-shirt, ma casquette, et j’appelle un ami pour lui proposer de boire un coup vers 18h dans un café à Bastille qui propose l’happy-hour sur ses cocktails. Il accepte, ça me laisse le temps d’aller chercher des piles, un ou deux CDs pour le voyage ainsi qu’un livre. Je fais un détour par le Virgin, me demandant comment j’ai pu arriver jusque là et achète le seul Bret Easton Ellis que je n’ai pas encore lu, son Glamorama. Je paye en CB cette fois, je n’ai rien à craindre comme trahison pour cet achat, et je rejoins mon ami.
Lorsque je reviens en début de soirée, je suis assez fier de moi et m’octroie un petit joint de Super Skunk. Non seulement tout s’est déroulé parfaitement, mais j’ai poussé le vice jusqu’à inviter Alexandra au restaurant le samedi soir. Elle a accepté avec plaisir, je devrais donc être de retour dans les temps…
Je range mon appart, préparant tout pour lui donner un aspect vivant et habité très rapidement. L’art est dans les détails. Même si je suis absent toute la journée, tout sera « comme si » j’avais passé la journée chez moi, et que je l’avais quitté 10 minutes avant de sortir la rejoindre : l’encens est prêt, une cigarette est éteinte dans le cendrier… La décoration va servir de trompe l’œil… Un CD de Rage Against The Machine est prêt dans la chaîne, j’ai poussé le vice jusqu’à avancer la date du PC d’une journée afin de faire une sauvegarde des fichiers sur CD à 19h17… . Çà donnera l’illusion que j’ai travaillé jusqu’à quelques minutes avant de retrouver Alexandra. Et pourquoi pas ?
Je prépare mes affaires, mets le tout dans un attaché-case et sors mon costume gris clair de la penderie : si un jeune percé au visage et habillé en baggy se fait facilement contrôler, un « homme d’affaire » en costume 3 pièces se verra ouvrir les portes avec déférence. Apparence, again & again.
Le lendemain, je me lève à 7h, prends une douche rapide, me rase et m’habille puis je sors prendre le métro, après avoir ouvert les volets et vérifié une dernière fois que tout était ok. J’arrive à la gare à 8h20, ce qui me laisse le temps de choisir tranquillement une place et de m’asseoir côté fenêtre. Comme d’habitude dans ces cas là, je commence par prendre le livre et le walkman, je m’installe confortablement et je me déconnecte du monde extérieur. Le train part, je vois le contrôleur passer, j’ai les yeux plongés dans mon livre, je lui tends mon billet sans lui accorder un regard, il me le rend après l’avoir poinçonné en me souhaitant un « bon voyage monsieur», ce à quoi je lui rétorque un « merci » de pure obligation. Le temps passe, le train roule, il est 11h27 à ma montre quand j’entends la voix mécaniquement féminine annoncer que le train entre en gare de Grenoble. Je referme mon livre en ayant pris soin de mémoriser la page (264) et je range le tout dans mon attaché-case. J’attends que la plèbe ait fini de quitter le wagon avant de descendre tranquillement à mon tour.
Je me sens tranquille et décontracté, tout en étant attentif et observateur.
Je me sens en pleine forme négative. J’aime ça. Ce sentiment d’invincibilité. L’impression d’être au-dessus de la mêlée. De savoir des choses que les gens ignorent.
Je débouche sur la place de la gare et je tourne à gauche : de mémoire, je devrais tomber sur l’avenue Félix Viallet. C’est effectivement le cas. Le plan de la ville que j’ai visionné hier me revient en mémoire : je sais qu’il va falloir prendre à gauche, puis à droite, afin de tomber sur les quais. Sans être jamais venu à Grenoble, je peux me repérer et ne pas me perdre.
Arrivé sur la place Saint André, je repère Le Bagatel et m’installe. Je commande un coca, et j’observe les lieux. Quelques jeunes, aucun n’attirant vraiment mon regard.
Au fur et à mesure que le temps passe, je commence à me sentir moins sûr de moi.
Si je ne trouve personne, j’aurais perdu mon après midi. Et je reviendrais de mauvaise humeur à Paris. Et Alexandra s’en prendra plein la gueule, hors que ce n’est pas ce qui est prévu. Calme toi Simon. Reprends le contrôle. Tout vient à point à qui sait attendre.
Par réflexe, je commence à sortir mon téléphone et me rappelle qu’il est coupé depuis ce matin. Batteries chargées à bloc, mais coupé par précaution.
Alors que je tourne la tête pour essayer de choper la serveuse, je L’aperçois.
Elle mesure environ 1m70. Cheveux châtains assez clairs, qui arrivent à ses épaules, des mèches blondes. Regard clair : elle doit avoir les yeux verts… Ou bleus. Elle porte une robe noire toute simple, un peu trop d’ailleurs. Sandales noires basiques. Sans trop savoir pourquoi, j’ai l’impression que ça ne correspond pas à son style usuel. Pour être plus précis, je ne la « vois » pas s’habiller comme ça. Elle regarde dans ma direction, sans me voir, et se dirige vers une table voisine. Merde, elle va attendre son mec… La serveuse lui sort un sourire modèle : TuCommandesTuConsommesTuPayesTuTeCasses et lui demande ce qu’elle veut commander. Bien. Ça me sera utile : si elle doit attendre quelqu’un, elle voudra attendre un peu et dans ce cas je laisse tomber, ou alors je continue à guetter et observer. La fille commande un café et un verre d’eau, la serveuse se barre (elle doit sans doute se dire que c’est pas avec ça qu’elle aura un pourboire) et la nana sort un livre de son sac à main. Le livre à l’air d’avoir vécu, et en regardant discrètement, je crois reconnaître le bouquin : Histoires Extraordinaires d’Edgar Allan Poe.
Au moment où la serveuse lui amène son café, Dj Bobo entame son Chihuahua et la miss décroche son portable… « Sallllluuuut, ça va ? (…) Au Bagatel, je bois un café… (…)Non non je suis seule, j’ai cassé il y a deux jours, ce connard m’a trompé ! (…) Cetaprès-midi ? (…) Nan, je suis désolée, je peux vraiment pas, je dois aller à un mariage… (…) Je sais pas, tu te rappelles d’Arnaud ? (…) Oui, voilà, ben il se marie avec Eglantine à 14h15 à l’église St Louis, donc je serais pas libre avant ce soir. »
La conversation continue, elle a l’air de s’arranger pour retrouver quelqu’un (mec ? fille ? amant ? ami ? ex ? futur ex ?) le soir même, mais ça me suffit : j’ai une heure pour trouver cette église et m’organiser.
Je me lève doucement, laisse assez de monnaie pour que la serveuse ait un pourboire et je pars tranquillement. En passant devant un plan, je m’aperçois que je suis pas loin du tout de l’église, qui est sur la place Victor Hugo : une dizaine de minutes à tout casser. Je passe devant, fais un petit tour et m’assied sur un banc public. Je regarde ma montre, il est 13h15. Elle a dit que la cérémonie commençait à 14h, il me reste une demi heure de détente. Je ferme les yeux, branche mon réveil mental à dans 30 minutes et me laisse aller.
J’ouvre les yeux brusquement lorsque je sens quelqu’un s’asseoir également sur le banc.
Restant immobile, j’essaye de regarder qui s’est mis sur le seul banc déjà occupé. Je commence à me sentir mal à l’aise. Pourquoi cette connasse est-elle venue ici ? Je regarde les pieds, ils sont fins, délicats, dans des sandales noires…
Sandales noires que j’ai déjà vu quelque part.
Quelque part il n’y a pas longtemps.
Il n’y a pas longtemps, j’étais au café.
Mon regard remonte, tombe sur une jupe noire : je sens que c’est la meuf du café.
Je me retourne et regarde à ma gauche, et effectivement c’est bien elle.
Qui me regarde.
En souriant.
J’y comprends rien.
Un sentiment de malaise m’envahit.
Il y a quelque chose de pourri au royaume des Organisations.
Bonjour me dit-elle, toujours souriante.
Bonjour réponds-je, tentant une esquisse de sourire.
Vous m’aviez regardé tout à l’heure, pendant que je discutais au téléphone avec mon amie.
Ah. Désolé. Je vous avais vu entrer dans le café, eeet… Je vous ai trouvé charmante.
Merci. Moi j’aime bien votre visage, même si le look costard ne m’attire pas plus que ça…
Je me marre. Extérieurement de manière franche, intérieurement je me dis que mon « expédition » est foutue et que je vais rentrer la queue entre les jambes.
Je ne m’habille pas tout le temps comme ça. Et merde, faut que j’improvise, que je brode en live, j’aime pas çà du tout… J’avais rendez-vous chez un client. Mais finalement cela a été annulé au dernier moment.
Vous faites quoi ?
Web designer.
Ah, c’est bien ça… Vous travaillez pour quel boîte si ce n’est pas indiscret ?
Je souris. Elle me plaît en fait…
Pas de boîte. Je suis freelance. Je travaille depuis Paris.
Wouah… Et vous venez jusqu’ici pour le boulot ?
Oui. Envie de prendre l’air un peu aussi. Je repars dans 2h. Au fait, je m’appelle Simon. Et toi ?
Alice… (Une pause) Dites, vous accepteriez de m’accompagner ? Je dois aller au mariage d’un ami et… si ça vous ne dérange pas, on pourrait passer les deux heures qu’il vous reste ensemble ? (elle se reprend, accélérant le rythme) Enfin, si vous ne voulez pas, ce n’est pas grave, mais… je suis pas comme ça d’habitude, mais vous avez un je ne sais quoi de différent…
Pourquoi pas ? A condition que tu me tutoies, parce que j’pense qu’on n’a pas une grande différence d’âge, je n’y vois pas d’inconvénient.
Alice me fait un sourire, se lève, se pose face à moi et me dévisage.
Allons-y. J’ai 23 ans, et toi ?
24 ?
Tu n’as pas l’air sûr de toi.
J’ai jamais su exactement. Faut à chaque fois que je réfléchisse à la question et… Enfin voilà…
Je me lève aussi.
Nous marchons côte à côte en direction de l’église, nos mains se frôlent plusieurs fois… Arrivés près de l’église, je m’aperçois qu’il y a énormément de monde… Peut-être 200 personnes. Alice me prend par le bras et me montre discrètement le marié, habillé en redingote, et la mariée, robe blanche avec deux garçons d’honneurs et me chuchote à l’oreille « Arnaud et Eglantine, les mariés ». Nous nous approchons, tout en restant à l’écart, les cloches résonnent, et tout le monde rentre à l’intérieur de l’église… Je ne sais pas où je vais ni ce que je fais exactement, mais curieusement, au point où j’en suis, j’en ai plus rien à foutre. Alice sent bon, elle me plaît, je rentre à Paris à la fin de l’après midi, rien ne se passe comme prévu mais tant pis. Inch’Allah.
La musique se lance, je ne la reconnais pas, tout ce que je sais, c’est que c’est le début de la cérémonie et que je vais me calquer sur la masse pour ne pas faire de faux pas.
Presque deux heures plus tard, la cérémonie est terminée, Alice m’a confié quelques détails sur elle (elle est célibataire, travaille pour une librairie, aime voyager, sortir tranquillement et découvrir de nouvelles choses ou personnes…) et nous nous dirigeons tout deux vers la gare, tranquillement, parlant comme de vieux amis.
Le timing est bon, serré, mais bon. Il est 16h30 quand nous arrivons à la gare. Je regarde ma montre, je suis rassuré, je vais pouvoir voir Alexandra ce soir et me « défouler » sur (et avec) elle.
Alice sourit.
Tu ne pouvais pas être en retard de toute façon.
Ah oui et pourquoi ?
Je m’appelle Alice. Dans Alice aux Pays des Merveilles, c’est le lapin qui est en retard. Pas Alice.
Je me marre.
Oui, on peut voir çà comme çà. Mais bon, mon train est dans 10 minutes, et je dois sortir ce soir, donc cela aurait été problématique de le louper…
Pas grave, je t’aurais invité chez moi.
Ah oui ?
Oui.
Intéressant. Mais dis moi… Ça te dirait de venir chez moi à Paris ?
Pourquoi pas ? C’est une option à envisager.
La voix robotique de la SNCF annonce que le train va partir dans 5 minutes, je me dirige vers le quai et la regarde, la détaillant. Tout n’est pas perdu Simon, le chasseur sachant chasser chasse en chaussons.
Alice, je vais prendre mon train, si tu veux je te laisse mon numéro de téléphone… Tu n’as qu’à m’envoyer un message si tu veux, comme ça on pourra s’arranger… (Je souris, sourire entre le carnivore chasseur et l’herbivore chassé, mi-confiant mi-incertain) Mais fais le vite… J’ai envie de te revoir…
Ok Simon. C’est quoi ton phone ?
Je lui donne, elle le note, me le répète, preuve qu’elle l’a bien saisi.
Je suis devant le train, il me reste une minute ou deux avant de retourner à Paris.
Je la regarde, lui souris.
Presque tendrement. Presque amoureusement.
Elle aussi.
Instant flou de flottement impalpable.
A bientôt miss. Enfin, j’espère.
A bientôt Simon. Bon voyage.
Nos visages se rapprochent, on se fait la bise. La première se passe bien, mais à la deuxième, nos bouches se rejoignent du coin des lèvres.
Magique.
« Le TGV 6920 en direction de Paris Gare de Lyon va partir… »
Réaliste.
Je me retourne , saute dans le wagon au moment où les portes se referment et que le train démarre. Je vois Alice me faire un sourire et m’envoyer un baiser du bout des doigts…
Je fais pareil.
Et me dirige vers les premières classes, histoire de m’asseoir.
Je trouve ma place, m’installe, je suis côté fenêtre : j’incline ma tête sur la gauche et pose mon front contre la vitre. Mon regard devient flou.
Je percute qu’il n’y a plus aucune raison de craindre une quelconque erreur ou dérapage, car je n’ai rien fait. Je me sens curieusement détendu, ayant l’impression d’avoir loupé une partie de la journée tout en ayant récupéré quelque chose d’utile pour plus tard.
Je sors mon portable, l’allume.
A peine le réseau trouvé, mon phone frétille de l’antenne : j’ai reçu deux messages…
« Voulez vous lire vos messages ? »
Non téléphone de merde, je veux pas !
Je les ouvre, il y en a un d’Alexandra et un d’un numéro que je ne connais pas.
Je regarde celui d’Alex : elle me confirme qu’elle sera à Bastille à 20h.
L’autre message, je ne connais pas l’émetteur. J’espère et je sens que c’est Alice. Effectivement « Pa 2 prob pr venir a Paris, appelle moi kan tu veux, tu as mon numéro maintnant. Gros bizoux. Alice »
Je mémorise le numéro.
On verra quand j’aurais le temps de l’inviter.
En attendant, il me reste 3h avant de voir Alexandra, autant en profiter pour me détendre…

