Ça y est.
Ça a recommencé.
Le daemon est revenu.
Je le sentais qu’il couvait en moi ce connard. A l’affût. Comme un chat prêt à bondir sur un oiseau. Tapis plus ou moins dans l’ombre, mais assez visible pour qu’on le remarque.
Mon daemon doit avoir une âme d’artiste. Je ne vois pas d’autres explications. Il gère ma crise, ma soif de torture comme un putain de dj…

Warm-up.
Je me ballade en ville, prends le métro et commence à observer les gens, ne m’intéressant qu’à un petit pourcentage de la population. En général, jeune fille de moins de 30 ans. La chair est tendre à cet âge, et elles sont excitantes.
Surtout avec l’été qui arrive.
Ne pas passer pour un macho. Mais quand même : quand je vois certaines des nanas habillées d’un pantalon noir moulant, avec une robe quasi-transparente par-dessus… Cette salope sait qu’elle est bonne. Elle le sait et elle le montre. Si elle le montre, alors il faut la complimenter.
Question : si tu montres ta chair, comment veux-tu qu’on te complimente ? Autrement qu’avec de la chair ?
Calme Simon, calme. Respire. Stay zen & keep cool…
Mon psy m’a dit : « extériorisation. réflexion. introspection. auto-analyse. »

EXTÉRIORISATION, subst. fém., action d’extérioriser, de sortir, d’aller vers l’extérieur.
Je suis assis en tailleur dans mon salon, sur le tapis en bambou, face à la télé. Sur l’écran défilent des images… Je ne sais pas exactement de quoi il s’agit… Mémoire, ô mémoire, quel est le dernier truc que j’ai regardé ??? Mémoria se tait quelques instants, mes yeux fixent la télé. Cassel. Face à face avec Madsen… Mon esprit me donne un indice, en expirant par a coup, comme ça : « pfffhhh- pfffhhh- pfffhhh- pfffhhh… ». J’y suis. Le Blueberry de Kounen… Jolie image. Le son, je ne sais pas, les baffles diffusent le son d’Assassin, c’est le PC qui gère l’ambiance musicale. L’appart est plongé dans le noir, ça sent bon la bonne herbe : la pipe est posée à coté de moi, dégageant une odeur douceâtre est enivrante… Je suis dans mon univers, dans mon monde, un monde virtuellement privé, réellement personnel, qui m’appartient, que je contrôle et dont je suis le maître. Personne pour me dire quoi faire ou comment être. L’obscurité me permet de calmer l’hyperactivité de mon cerveau. Je pense que si on devait faire un encéphalogramme, la ligne serait sûrement plus proche d’un mix speedcore sous acide que d’un voyage planant et tripant au rythme d’une musique hindou/lounge… Je sens qu’il vaut mieux que tout tourne rond, que je trouve ce que je veux quand je le désire pour le moment, sinon je crise. Putain de sa race, je suis une boule de nerfs, un hérisson dont tout le corps est une surface tactilement sur la défensive…

RÉFLEXION, subst. fém., psychologie usuelle, faculté qu’a la pensée de faire retour sur elle-même pour examiner une idée, une question, un problème; capacité de réfléchir.
Pourquoi suis-je comme ça, pourquoi suis-je dans cet état ? J’essaye de retracer mentalement l’historique de ma journée. Lever, douche, café, transport. Transport dehors métro les gens les filles. Entreprise, boulot, ordres, obligations, urgences, vital. Urgence. Manger, parler, connerie, connerie, conneries, hypocrisie, sexe. Travail travail esclave, serf, chien, ta gueule et obéis. Social, apéro, éventail de corps offerts, argent argent moi moi. Les images se bousculent, une sorte de montage à la MTV de ma journée. L’humain est beaucoup trop prétentieux. Imbus de lui-même. Occupé par sa propre apparence et par sa propre petite vie somme toute minable. Tellement minable qu’elle lui semble juste ordinaire et similaire à celle de tout le monde. Faux. Tu es minable, tu es une merde et tu ne peux pas te comparer à moi. Le fait que tu rentres baiser ta meuf et que moi je rentre dans mon appart en solitaire te semble permettre de pouvoir te sentir supérieur à moi ? Connard, reviens sur Terre au lieu d’être en orbite sur l’Olympe : je suis mon propre maître et ne rends de compte qu’à moi-même, pas comme toi qui te sens libre mais qui est plus enchaîné et plus surveillé que Dutroux dans sa cellule… Mais tu ouvres quand même ta putain de grande gueule de bovin basiquement lambda. Sans te remettre en question. Tsssss, tu fais le malin en l’ouvrant maintenant en public, tu le ferais beaucoup moins si tu devais répéter la même chose, avec le même ton, la bouche suçant le canon d’un gun…

INTROSPECTION, subst. fém., observation, examen, regard attentif sur soi-même.
La démo que mon daemon est là me semble suffisante. Complètement concrète et concrètement complète. J’ai passé l’hiver à hiberner, prenant le rythme basique métro/boulot/dodo. Arrivant à supporter les conversations : il fait froid, les gens ne sont pas exubérants, et encore moins exposants. Ça me va. Nickel. De la balle. Surtout ne changez rien. Mais faut quand même que SI, les gens changent. Le printemps arrive, la sève monte dans les troncs et bourgeonne, la nature fait coucou pour dire que tout recommence au final, quoiqu’il se soit passé l’année précédente. Et les nanas enlèvent des couches, les plus douées arrivant à trouver les bons écrins pour se mettre en valeur, les moins douées ressemblant à de la viande sur l’étal du boucher (fais ton choix camarade). Les mecs prennent de l’assurance, font leur choix, comparent et notent, se prenant pour des Apollons, oubliant que toutes les images qu’ils se renvoient sont copyrightées par le Palais des Glaces Déformantes… Daemon ? Dis-moi que si tu es là, c’est à cause de tout cet éventail de chair que je ne pourrais jamais avoir par le biais d’une quête honnête et respectueuse ???

AUTO-ANALYSE, subst. fém., investigation de soi par soi, conduite de façon plus ou moins systématique, et qui recourt à certains procédés de la méthode psychanalytique.
Effectivement. Plus j’y pense et plus j’oublie qui je suis et ce que je veux. Je ne sais qu’une chose : je veux me défouler totalement, complètement et sans limite. Je voudrais la nana dans le métro qui avait un cou donnant envie de l’embrasser. Je voudrais l’étudiante qui montait l’escalier devant moi en sortant à Charles de Gaulle – Etoile avec un corps de liane. Je voudrais la secrétaire du troisième étage, image typique de la « secretairededirectionblondeavecunebouchepulpeuse ». Je voudrais je voudrais je voudrais. Non seulement je voudrais, mais en plus je veux et je vais avoir. Si je suis comme ça, je n’ai pas 36 000 moyens de me calmer. Je n’en connais qu’un seul. Assouvir mes pulsions et mes envies.

Je me sens remonté à bloc.
J’ai envie de continuer, de faire. Je me rappelle les paroles d’un proche du petit Nicolas : « il est aimé parce qu’il fait ce qu’il dit et qu’il dit ce qu’il fait… »
Tout pareil mes chéries.
J’ai envie de vous et je vais vous le faire savoir. Vous le faire savoir et vous le faire comprendre.
Il faut que je m’organise au mieux. Je ne suis pas un scénariste américain, donc la suite sera à la hauteur de l’original. Ce sera même mieux. Une sorte de remake, de révision de mes essais passés.

Je me lève, me dirige vers mon ordi et change le son, tout en me notant mentalement d’être à jour niveau appartement, qu’il soit prêt à être utilisé 24h sur 24.
Un morceau de Daft Punk m’apparaît comme une évidence, parfaitement adapté à la situation.
Recherche. Sélection. Double clic. Winamp se lance et je ferme les yeux en tirant une bouffée de ma pipe…
Harder Better Faster Stronger…
C’est tout à fait ça… Et je me sens apaisé à l’idée de savourer une inconnue, d’en faire une esclave, de la voir souffrir, appuyant et cassant ce qui la démarquait des autres. Envie de crucifier quelqu’un sur l’autel de mon plaisir.
C’est décidé : le week-end de l’Ascension sera le week-end de ma renaissance…