25 décembre. 19h. Ça y est, c’est fini. Enfin. La journée de célébration de l’argent et de l’hypocrisie est terminée. Dans sept jours, ce sera au tour de la décadence et de l’alcool d’être à l’honneur.
Bande de moutons.
Ignares poivrots avides de bouffe et de « cadeaux ».

Qu’est-ce qu’un cadeau ? Quelque chose d’offert à une personne, à qui ça ne va pas forcément faire plaisir, mais qui doit être de valeur égale (voire supérieure) à celui qu’on reçoit. Pourquoi de valeur égale (on parle là de valeur globale – originalité, coût,… rentrant en compte – et non pas uniquement de valeur monétaire) ? Parce que Noël est une célébration de l’argent, véritable culte au dieu « euro », symbolisé (€), matraqué, obligeant à dépenser plus, toujours plus.
Plus ? La devise de Noël ? Et pourquoi non ? Arrive le moment où, (très) bientôt, ne comptera plus qu’une seule chose : l’ar-gent. Ou plus précisément et de manière plus globale, le bud-get.
Selon une étude statistique, 80% du budget « cadeaux » est dépensé à Noël. Soit entre le 15 octobre et le 31 décembre. A peine 20% du temps annuel en somme.
La nourriture, elle, arrive juste après. Cheval de tête avec la Saint Sylvestre (qui l’enfonce grâce à son avant poste alcoolique).

Moutons. Moutons moutons moutons.
Pas d’idées, pas d’originalité, non, rien que des bêlements de phrases types : « les magasins étaient bondés », « y’avait un moooonde ! », « ce sera bien assez bien pour ton père… ».
La masse, lancée à la poursuite du bonheur utopique est prise dans une nasse.

Tout est apparence (il faut que les cadeaux soient bien emballés – « t’as vu comme le paquet cadeau est joli ? » – pour être déballés sans respect), hypocrisie (« oooh comme c’est beau » devant une merde innommable) et autosatisfaction (la familia est ensemble pour une fois, chacun faisant étalage de son savoir et de sa fortune vis à vis des autres)
Point de vue d’un adulte.
La magie, l’enchantement, les contes de fées, les cadeaux, le sapin de Noël, se réveiller aux aurores pour ouvrir les paquets, être émerveillé devant le Père Noël, savoir contourner les incohérences sans hésitations (« c’est pas le vrai Père Noël j’te dis : il a des baskets le monsieur », « même si y’a pas de cheminées, le Père Noël, il peut quand même entrer, il vient comme dans Star Treck ! »)
Point de vue d’un enfant.
Points de vues opposés.
Points de vues distants de 20 ans dans la même fraction de seconde.
Toutes ces pensées se télescopent alors que je rentre en voiture, une 306 Hertz.

Comme chaque année, comme chaque 25 décembre depuis que je suis « grand », nous avons fêté Noël le 24 décembre, et attendu les douze coups de minuit signifiant le passage d’un jour à l’autre (en l’occurrence du 24 au 25) pour ouvrir les cadeaux.
Mais auparavant, comme chaque année, nous avons mangé les mêmes choses (huîtres, foie gras, dinde aux marrons, bûche de Noël), bu comme des trous et parlé des mêmes choses.
Supporter les mêmes choses en faisant un effort pour faire un sourire et paraître gentiment content de manière curieuse et charmant.
Suxxx…

En accélérant à la sortie du village, j’aperçois une petite boule de poil, un chat, seul. La lumière de mes phares n’a pas l’air de l’effrayer, je pile et me gare sur le bas côté. Toujours pas bougé. Il doit avoir des tendances suicidaires.
J’ouvre mon coffre, sors mes gants et vais le chercher. Après 5 bonnes minutes de sifflements et d’observations respectives, Mr. Le Chat s’approche de moi et se laisse caresser. Pauvre petite bête abandonnée. Je le prends dans mes bras, et le laisse se couler à l’intérieur de la voiture. Tant pis pour la procédure habituelle de transport de chat, j’en ai pas l’envie ni la motiv’.

Putain de bande de fils de pute.

Abandonner un chat le jour de Noël.

Elle est belle l’histoire.
Elle est belle la vie.

Et dire que le gentil petit papa Noël va en offrir, parce que des gosses lui ont demandé un « bébé chat qui fait ronron ».
Bâtard de Santa Claus.
Au moins, ça permet une chose de positive : le chat a trouvé son nom. Officiel. « Santa ».

Je remonte dans la voiture, claque la portière et démarre aussi sec. Le silence est total, seul les miaulements du chat (ou de la chatte, la question reste entièrement sans réponse) se font entendre… Déstresse Santa, tonton Simon va prendre soin de toi.

On the road. Again.

Minuit, l’heure du crime?
Une heure, celle des cris ?

Je passe par la départementale, sachant pertinemment qu’elle sera peu fréquentée. Trop dangereuse. Une personne censée ne la prendrait pas en hiver.
Sauf si elle la connaît.
Sauf si elle est imbibée.
Je penche plutôt vers la deuxième solution.
Je m’arrête dans un tournant et braque mes phares sur la route. Je ne vois pas ce qui vient de la droite, mais j’ai une vision parfaite de la route d’en face.
Me reste plus qu’à attendre le bon véhicule.
J’éteins mes phares, mets le point mort, me détend sur le siège et allume mon autoradio. La radio (NRJ je crois) passe de la merde, comme à son habitude, je switche sur le lecteur CD.
O joie, ô bonheur, Rage Against The Machine déboule dans l’habitacle.

Le temps passe, inexorablement. Je ne compte pas, j’attends…

Soif de vengeance.
Pour moi, pour Santa, pour n’importe qui voulant être vengé.

Des phares déchirent la nuit, je regarde l’horloge digitale qui affiche fièrement 2h04, la voiture (Saxo ? 106 ?) suit une ligne droite ondulée et ne respecte pas la vitesse limite d’une bonne quarantaine de kilomètres-heure. Et un conducteur solitaire : le bonheur.
Je lui balance les pleins phares, il me fait des appels des siens, rien à battre, pleure connard, tu vas crever la gueule ouverte.
Je passe la première, m’engage tranquillement, lui bloquant la route.
Avec la vitesse , soit il se fout dans le décor en m’évitant, soit il devra galérer pour reprendre le contrôle de sa savonnette tout en freinant. Ces deux options ne me tracassent pas le moins du monde : je veux qu’il stoppe.
Je vois sa tête.
Une gueule de con.
Surmontée d’un bonnet rouge à pompon blanc.
Le Père Noël.
Il freine.
Je ferme les yeux, esquissant un sourire.
Il pile.
Je souris et le regarde.
Il a l’air déssoulé le bouffon, me regardant avec des yeux ronds comme des billes.

Santa miaule, je baisse le son car les basses doivent le rendre nerveux.

J’ouvre la portière, et m’approche de la voiture, le bouffon ouvre la sienne en bavant d’une main tremblante.
Et commence à m’insulter direct.
Je le regarde.
Lui fait un sourire. Je sais que ce sourire irradie de joie et de bonheur. Presque d’amour.

Je souris toujours en lui foutant mon gun dans la bouche.

Instinctivement il se calme.
Automatiquement il me demande pitié.

« As-tu eu pitié du chat ? » lui réponds-je
Incompréhension, stupeur, étonnement, peur du bouffon.

Je l’attrape par les cheveux et lui fracasse mon genoux droit contre sa tête.
Craquements de dents.
Il gémit, je retire mon flingue et lui pince le nez, ou du moins ce qui lui en reste.
Réaction instinctive : il ouvre la bouche en grand, expulsant un cri inarticulé mélangé à une haleine pourrie. Je profite qu’il s’époumone pour lui arracher la langue, pas besoin qu’il me donne mal au crâne.

Je le console et lui prends la tête entre mes deux mains, ses yeux à hauteur de mes pouces.
Et j’appuie.
Pression constamment continue : j’appuie jusqu’à sentir quelque chose de chaud gicler sur mes pouces.

Je le remets assis dans sa voiture.
Le pauvre a du mal à tenir le choc.
Je regarde autour de moi, pas un bruit, pas une lumière, à l’exception des phares.
J’observe l’endroit : à supposer que la voiture aille tout droit, elle tomberait directement dans le canal.

Supposant qu’en lui demandant gentiment de se suicider, je me heurterais à un refus, je lui casse toutes les articulations des mains, minutieusement ordonné, lui brise les deux genoux et enclenche la première.
Je cherche – et trouve – une pierre pour bloquer l’accélérateur.
Bouffon commence à se réveiller, je lui taillade doucement le cou, il retombe dans les pommes aussitôt.
Pour lui éviter une perte de points sur son permis (les keufs sont si pointilleux de nos jours), je lui attache sa ceinture et entrouvre les deux fenêtres, histoire que l’eau remplisse la voiture.
Flash-back : petit, avec mes parents et ma tante, démonstration de sauvetage des pompiers. Une voiture tombe dans l’eau. Si les fenêtres sont fermées, l’eau rentre plus lentement et l’oxygène reste plus longtemps. CQFD
J’appuie sur l’embrayage, puis le relâche doucement, tout en guidant la voiture (et son conducteur) en ligne droite vers le canal. Passe la seconde, saute du véhicule et claque la portière.

Au moment où je m’assois derrière mon volant, j’entends un gros « ploufff ».
Santa miaule, je démarre et reprends ma route. Direction Paris.