Le temps n’est pas une ligne droite. Plutôt une ligne sinueuse.
A priori, ce qui est sûr déjà, c’est que le temps est une ligne courbe.
Fluctuante et variable.
La démonstration est ultra simple : une heure où vous vous amusez paraît être une minute, une minute où vous vous faites chier paraît être une heure.

Tel est mon problème.
9h : je me lève.
10h : je suis au boulot.
13h : je mange.
19h : je suis chez moi.
21h : je mange.
3h : je me couche.
Métro boulot dodo.
Sauf que le boulot me gave et me stresse, et que chez moi je tourne en rond. Je dois avoir maté les mêmes films des demi-douzaines de fois, alors que j’ai une bonne cinquantaine de films à voir, parce que ce n’est jamais le bon moment pour voir le bon film.
Sauf que le cycle recommence : je sens mon mal me ronger. Le physique est touché, touchant du coup le psychique. Et réveillant le daemon.
Que du bonheur.

Je souris extérieurement.
Je pleure intérieurement.
Coulez mes larmes dit le policier, par le biais d’un titre d’un livre de Philip K. Dick.
Je n’y arrive pas.
Je me ronge, me complaisant dans ma chute, refusant toute main tendue, crachant sur ceux et celles qui veulent m’aider, et ne faisant rien pour en sortir.
Je crois que c’est ce qu’on appelle dépression.

Reprenons depuis le début.

Bonjour, je m’appelle Simon.
Profession graphiste webdesigner freelance. Je ne suis qu’un nom sur un téléphone portable.
Ça m’arrange.
Pas de traces, pas de contacts, pas de connaissances, pas d’histoires. Rien de tout ça.

Ce qui me pose problème en fait, c’est que je sens mon double remonter à la surface.
C’est moi aussi.
Un moi « mieux ». Ou un moi « pire », tout dépend de quel point de vue on se place.

Cynique lorsque je suis réaliste.
Ironique lorsque je suis blagueur.
Cyclothymique lorsque je suis en public.
Il se cache tout le temps dans ma tête, ce qui fait que je me parle souvent à moi-même.
Mais il revient à la surface. Il me donne des conseils.
Enfin pour moi ce sont des conseils. Pour les autres, ce sont des tentations malsaines et négatives.
Par exemple, aujourd’hui j’ai joué avec un pistolet.
Modèle de base, le genre qu’on trouve dans le commerce sans faire trop de chichis.
Avoir une arme chez soi n’est déjà pas mal.
Se sentir bien lorsqu’on la porte montre ou un manque de confiance en soi (peut être) ou une attirance morbide (sûrement).
Jouer à la roulette russe tout seul est à priori l’expression d’un je m’en foutisme total de la vie.

Je crois que c’est ça.
Je suis arrivé à un point où je n’en ai plus rien à foutre de rien.

J’oscille trop, ma vie sentimentale/sexuelle/professionnelle/personnelle est un véritable roller coaster totalement inepte, inapte : simples interconnections de synapses.
Cela ne veut rien dire.
Vous croyez que vous dites quelque choses d’intéressant vous ?
Non.
Je vous jure que non.

Je m’emmerde à parler à des gens. A les écouter. A faire « hun hun » quand il le faut, qu’ils se sentent en confiance et qu’ils continuent à parler. Au moins ils vident leur sac, j’apprends la psychologie animalement humaine. Et surtout je ne parle pas de moi.

Je suis une énigme.
Je suis une solution.

Le Yin, le Yang.
Tout ça mélangé. Et roule ma poule que j’t’embobine, de toute façon tu n’y verras que du feu.
Je suis vraiment un serial loser. Doublé d’un serial killer illogiquement unique.

Je ne me prends pas pour de la merde croyez-vous ?
Erreur.
Je suis de la merde.
Sauf que j’en ai conscience.
Question : que fait-on quand on voit de la merde ? On l’évite. Si on marche dedans, on s’en débarrasse au plus vite. Et pourtant, au moins une fois tous les deux jours, tout le monde sans exception fait de la merde.
Simon le scato ? Simon le réaliste plutôt.

Hum.
Pas clair.
Pourtant si.
Si je suis ce que je suis, c’est parce que je n’ai plus rien à perdre.
Vous connaissez beaucoup de monde qui rêve de frapper un môme enfermé dans un sac ? Qui découpe mathémartistiquement des paupières pour un regard mal interprété ? Qui baise et tue son objet sexuel, à savoir une pauvre étudiante en manque de cul ?
Personnellement, non.

Il y’a un mois je me sentais renaître, les beaux jours arrivaient, les mini jupes et les tops de sortie m’excitaient et m’incitaient.
Là je retombe.
Pas envie de faire dans l’art, mais dans la masse.
Pas envie de faire dans le beau, mais dans le brutal.
Pas envie de faire de l’innovant, mais de l’efficace.

Je craque totalement sous une surface plus ou moins stable et agréable.
Ou comment de serial loser on passe à serial killer.
Voire pire : à un serial killer en mode loser, le pire de tous. Rien à battre, pas d’objectif, pas de plan préétabli, pas de rituel, rien, sauf une chose. Je suis dominé par l’envie et voilà.
J’ai envie de tuer donc je tue.
Un peu le même raisonnement en plus hard-core que Descartes : je pense donc je suis.
Je tue donc je suis.
Du moins j’oublie qui je suis, et j’oublie mon existence de merde.
Je tue pour me défouler.
Donc je suis refoulé.
Logique encore.

Logique aussi de vivre de plus en plus au jour le jour, en attendant qu’une bombe atomique, les flics, le fisc ou qui que ce soit d’autre mette un terme à ma micro existence.
J’ai déjà commencé le boulot, j’élimine les gens. « Victor, nettoyeur »

Mon métier est une de mes passions, ma passion est un de mes métiers.

Stop.
L’introspection psychanalytiquement analytique est finie.

Passons aux choses sérieuses.
C’est-à-dire ne plus faire semblant d’aller bien, mais être bien.
Pour ça, je vais devoir occuper mon esprit.
Et donc mes nuits.

Soyons constructifs, aidons la planète et tuons les gens.
L’homme ne sait pas où il va, il ne sait même pas qu’il avance car il se fait baiser et enculer.
Ayaaa…. Pas bien de dire ça.
Et pourquoi pas ? C’est le cas non ?

Encore une fois, à la vue de mes problèmes (10% des problèmes des uns, 0% pour les autres, le 90% restant étant ceux comme moi, qui hésitent et réfléchissent), je pense pouvoir revenir sur la courbe.
Et regarder l’horizon.
Et me remettre au boulot. Enfin, me remettre aux boulots.

Une seule chose à changer : avant j’avais un but et peur de me faire choper.
Maintenant je n’en ai plus et me fous complètement du reste (reste = pas ce et ceux et celles que j’apprécie)

Allons-y.
Quitte à crever, faisons-en un exercice de style. Impose ton style man ! Pas de problème.
La mode va être au rouge sang cet été. Va y’avoir de la baise violente et de la torture sadiquement précise, de la mort savamment exécutée.

Ne passons pas par la case départ, ne prenons pas 20 000€ et occupons-nous de faire passer le message : la mort vous va si bien… Que le carnaval des fous (re)commence…