Je m’étais absenté pendant longtemps. Très longtemps. Trop longtemps peut être?
J’ai pu contrôler mon daemon, à coups de drogues, certaines légales (“Drink aware” qu’ils disaient tiens), d’autres illégales.
Toujours, croyant qu’Il revenait, je me démontais la tête. Sans cesse, sans fin, sans faim.
Le pire vous est arrivé? C’est le petit plus qui rend ma journée agréable.
Durant une année entière, je suis retourné à l’école. Voyageant au gré des envies, des propositions, des rencontres.
Parcourant l’Europe, découvrant de nouveaux horizons, voyageant en ouvrant mon esprit vidé.
Mais non.
Impossible de faire face.
Impossible de me cacher, impossible de cacher ma véritable nature.
Le tueur en moi avait envie de chair, fraîche, jeune, innocente.
J’avais besoin d’exorciser ma violence contenue en la mettant dans un contenant vierge.
Grâce à Dieu, mes “ami(e)s” m’ont tenu à l’écart de la tentation.
Dès que je me sentais sur le point de craquer je bougeais, lorsque je ne pouvais résister, je déménageais.
J’ai tenu le choc. Un an.
Plus de 365 jours en fait, une putain de durée qui aurait du me faire disjoncter, me foutre au trou, me rendre hors service, me cramer un peu partout.
Même pas.
Il y a peu, lorsque je suis revenu sur le marché du design freelance, j’ai pu rechoper des contrats anciens, des clients amicaux.
Ils étaient contents de me revoir.
Et ma première mission a commencé.
Je travaillais dans un open space, au premier étage d’un complexe rempli de cages à lapins bourrées de startups.
Pas de musique, jamais, pas d’ambiance, trop dangereux, pas de communication, nuisible à la productivité.
Seule échappatoire, les 2 pauses clopes que je m’octroyais par jour.
Et la pause bouffe, me finissant invariablement au Starbucks un peu plus loin…
Et comme d’hab, j’ai sympathisé avec le crew du café…
En particulier avec une serveuse, une Erasmus faisant ses études et bossant là pour se les payer.
Sharon.
Sharon chérie, as-tu jamais dansé avec le diable à la pâle clarté de la lune?
Je sais je sais JE SAIS.
C’est la phrase du Joker.
Mais tu sais quoi? J’adore ce mec. Ce côté psycho en plein, moi, il me fait bander.
Un tueur furieux au cœur d’or sous acide? J’adhère et j’adore.
Tu permets? Je me perds…
Back to school, back to basics, dans quelques minutes il sera minuit, Iron Maiden me semble approprié… “Two minutes for midnight”, un verre de vodka on the rocks, une petite cigarette améliorée et rock’n'roll bab’yeah!
Sharon, 1m70, cheveux noirs, yeux bleus très clairs presque transparents, mince. Le côté girl next door de face, mais un cul appelant directement à la sodomie. Au pire à la levrette, cette demoiselle m’ayant avoué qu’elle était plutôt recto que verso…
Oui, parce que – comme d’habitude – Tonton Simon est capable d’obtenir les confidences de ta sœur sur tes marques de pneus dans ton caleçon sans que tu t’en aperçoives.
Et un beau jour.
Wouah.
J’m'impressionne.
Limite tu me connaitrais pas tu penserais que je te raconte un conte de fées.
Tu kiffes hein batard? Ta violence intérieure s’extériorise par procuration hein? J’t'emmerde putain, si tu savais comment j’en n’ai rien à foutre de ce que tu penses.
J’écris ici simplement pour me permettre de narguer L’Autorité, avec un grand A, le même A que dans Allez Vous Faire Foutre…
Bref, on s’en fout, My Private Life n’est qu’une réalité fictionnelle après tout.
Laisse-moi continuer s’il-te-plait mon chéri, je suis déjà en érection au souvenir de ce qui s’est passé avec la jolie Sharon.
En sortant ce vendredi là, plus tôt, mon objectif officieusement inavoué était d’aller dépenser plusieurs centaines d’euros dans des DVDs et des CDs au Virgin du centre ville.
C’est vrai au fond : à quoi sert d’avoir un bon boulot – tout du moins un bon salaire – si ce n’est pour pas en profiter?
Tu donnes ta langue au chat? C’est con le mien ne bouffe que des croquettes tu es donc muet pour que dalle.
Je n’avais rien prémédité.
Pour la bonne raison que je ne savais rien.
Mais.
Mais.
Mais lorsque je l’ai vu marcher devant moi, quelques mètres plus loin, ce serait mentir que de dire que je n’avais aucune idée (sanglante ou sexuelle) derrière la tête.
Heureusement pour moi et malheureusement pour elle, elle s’est retournée.
Signant par la-même son arrêt de mort. Immédiat ou ultérieure?
D’une manière logique, cela ne pouvait pas être immédiat, j’avais pris le risque qu’on me voit avec elle. Trop de bureaux, trop de fenêtres, trop de mateurs.
Seule solution, camoufler le truc, faudrait falloir improviser et l’autre là-haut sait combien je n’aime pas ça.
Pas grave.
Le sourire qu’elle me fit, la position qu’elle avait (main sur la hanche, ventre rentré, cul cambré) ne pouvaient qu’inciter à la débauche.
On a donc fait le trajet jusqu’au métro ensemble.
Et dans le métro on a décidé qu’il serait bien urbain d’aller boire un verre, une petite bière en terrasse, “Il faudrait profiter du soleil non?”
Niveau discrétion, c’était carrément foutu, parce que là, y’avait une rame de métro qui nous avait captés, deux stations, le café…
J’ai commencé à croire que ce serait mort pour ce soir. Enfin pour moi, et pas pour elle, non sens total.
Jusqu’à ce qu’elle me propose de continuer la soirée avec elle et de passer boire un verre pour la jesaispasquoi d’une copine à elle.
J’ai entrevu une porte de sortie.
Je lui ai dit que j’avais des courses à faire – ce qui était moyennement vrai – et que j’étais so sorry dene pas trop pouvoir venir avec elle – ce qui était pas complètement faux – mais que je me ferais un plaisir de la rejoindre plus tard… Ou qu’elle me rejoigne plus tard, ce qui serait encore mieux. Pour moi. Pas pour elle. Quoique…
Elle a approuvé.
Surtout lorsque je lui ai fait mon numéro de charme Simonesque à la « tu vois je préfère les groupes de deux personnes, c’est plus intime, plus chaleureux, on communique plus, y’a plus de contact…. »
On s’est donc séparé.
Non sans avoir sacrifié au rituel du JeTeFileMonPhoneEtOuspNosLèvresOntRippé…
Sharon est repartie en direction du métro, et moi dans la direction opposée, manière parfaite de me désengager d’hypothétiques soupçons…
Direction le Virgin, et perte de temps (et d’argent) durant presque deux heures jusqu’à ce que mon Nokia vibre : « I’m upset, I should leave the so-called party but I don’t know where I can go… »
Moi je sais petite fille.
Toi je ne sais pas si tu vas pouvoir partir après par contre…